Une incompréhension de plus
Publié le vendredi 21 novembre 2008 à 07H18
Le TAS a réduit les sanctions contre l'Atlético et a souligné que les actes de racisme ne sont pas établis
Dans son jugement, le Tribunal Arbitral du Sport est arrivé à la conclusion que l'Atlético de Madrid avait commis plusieurs erreurs graves en matière de sécurité. Mais il n'a pas le pouvoir de se prononcer sur l'intervention des forces de l'ordre.
Photo Bruno Souillard
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Pour avoir vécu de l'intérieur les incidents du stade Vicente-Calderon ; pour avoir assisté à la charge sauvage dont ont été victimes les supporters marseillais sans qu'à ce jour les responsabilités soient clairement établies ; pour avoir entendu des cris de singe tout au long du match ; pour être en mesure de relater les faits avec précision, ce que "LaProvence" s'est d'ailleurs évertuée à faire au fil de ses éditions depuis ce match de triste mémoire ; pour toutes ces raisons, nous ne savons pas comment accueillir la décision du Tribunal Arbitral du Sport, prononcée hier midi.
Nous ne disposons que de simples mots pour dénoncer, condamner la nuit du 1er octobre; nous pouvons encore apprécier, juger, mais nous n'avons pas le pouvoir de sanctionner. Cela relève d'une autorité pour laquelle nous vouons un profond respect, mais que nous ne comprenons pas toujours. Aujourd'hui en particulier.
Que disent les trois juges du Tribunal Arbitral du Sport ? Plusieurs choses :
1. Le tribunal reconnaît l'Atlético de Madrid coupable de plusieurs erreurs graves en matière de sécurité, ayant favorisé les incidents survenus au stade. Pour être plus clair, le club espagnol a contrevenu aux articles 5.03 et 5.04 du règlement de la Ligue des champions, précisant la responsabilité et le domaine de compétences des clubs sur leurs supporters et le domaine d'intervention des stadiers. Les juges rappellent que "la situation du club est aggravée par l'existence d'antécédents récents". Pour ce cas, l'Atlético est sanctionné d'un match à huis clos, lequel sera appliqué dès mercredi prochain pour la venue du PSV Eindhoven.
2. Pour le reste, la décision de l'UEFA est confirmée. Les deux matches de suspension de Javier Aguirre sont maintenus. De fait, l'entraîneur mexicain, déjà absent contre Liverpool (l'Atlético n'avait pas fait appel pour son technicien), purgera son deuxième match, mercredi contre le PSV Eindhoven. Il sera sur le banc à Marseille.
3. La décision de l'instance d'appel est en partie infirmée: la sanction financière est diminuée de moitié pour être portée à 75 000 euros ; le match à huis clos avec sursis est supprimé. Pourquoi ? Le TAS motive sa décision par le fait que "les actes de racisme retenus par l'UEFA n'ont pas pu être établis avec certitude". Bizarre !
Le libellé qui "n'a pas pu être établi avec certitude" montre bien que le doute subsiste. Or, faute de preuves suffisantes, le présumé coupable bénéficie d'une clémence. Les témoignages des personnes citées à comparaître par l'UEFA (Niang, Trésor...) n'ont pas été assez convaincants pour être retenus comme des preuves accablantes. Il a manqué au dossier des preuves matérielles. Comme on ne peut pas les enfermer dans une boîte pour les ouvrir le jour d'une audience, les cris restent par définition un sujet volatile qu'aucune image télévisée ni aucun enregistrement n'ont pu prouver. Un tribunal s'appuie sur des faits plus concrets. Dans le cas présent, il n'a pas pu en prendre connaissance en son âme et conscience.
Notre inquiétude est grande. Ne pas punir de tels actes est la porte ouverte à tous les dérapages. Comme nous le confiait une personne, hier: "Il faut respecter la justice des hommes, mais c'est comme si nous étions insultés une deuxième fois. C'est dur à encaisser". Dur, car le jugement laisse planer un doute sur l'authenticité de leurs témoignages. Insupportable ! Dur, car demain ils seront peut-être de nouveau des cibles privilégiées, faciles à atteindre et sans réelles défenses.
Pour des raisons autant politiques que relevant de la justice sportive, malgré les discours de circonstances et les campagnes largement médiatisées, l'UEFA a montré son impuissance pour lutter contre ce fléau qui gangrène les stades. En a-t-elle les moyens ? La volonté ?
Le football est malade. Malheureusement, il est loin d'être guéri...







