"Les socialistes ont un logiciel à reconstruire"
Publié le mercredi 19 novembre 2008 à 08H34
Juste avant le vote des militants, la crise persiste au Parti socialiste
Selon Bernard Morel, "la gauche arrive à développer ses idées au niveau local." Un exemple pour la politique nationale.
Photo PQR
À la veille du vote des militants pour désigner leur premier secrétaire, la tension monte encore au Parti socialiste. Au point que Benoît Hamon, l'un des trois prétendants, avec Martine Aubry et Ségolène Royal, a évoqué une "situation qui dégénère."
Des querelles internes que Bernard Morel juge "lamentables". Universitaire, directeur de la Maison méditerranéenne des sciences de l'homme à Aix et militant socialiste, il est l'auteur de Socialisme, l'idée s'est-elle arrêtée en chemin? (éd. L'Harmattan).
- Quel regard portez-vous sur le Parti socialiste aujourd'hui ?
Bernard Morel : Ce qui apparaît est assez lamentable. Mais les débats engagés ne sont pas sans intérêt. Le PS a un réel besoin de rénovation, un logiciel à reconstruire. Pas au niveau des hommes, mais de la pensée.
- Qu'entendez-vous par là ?
B. M. : On traverse une crise économique d'une extraordinaire intensité, équivalente à celle du début du siècle dernier. Mais on n'y oppose aucune alternative. Le socialisme s'était habitué à un capitalisme industriel et est déstabilisé par la crise actuelle qui est celle du capitalisme financier. Il n'a pas su se remettre de la chute du mur de Berlin et n'arrive pas à développer un modèle de changement de société. Il est prisonnier de la pensée unique néolibérale.
- Ce qui explique l'absence de débat de fond et les querelles de personnes…
B. M. : Ces querelles sont normales. Elles ont lieu parce que personne ne pense à un nouveau projet de société, comme le faisaient Léon Blum ou Jean Jaurès. Pourtant, les idéologies ne sont pas mortes. Les penseurs socialistes existent et proposent. Mais les politiques ne les écoutent pas. Ils sont submergés par les règles technocratiques.
- La crise à gauche est-elle profonde ?
B. M. : Elle l'est, s'il n'y a pas de renouvellement de pensée. La gauche arrive pourtant à développer ses idées au niveau local. La démocratie participative dont parle Ségolène Royal n'est pas nouvelle. Elle a été théorisée dès 1922 par John Dewey aux États-Unis. Le socialisme "municipal" peut aider à reconstruire la gauche.
- À court terme, comment PS et gauche peuvent-ils s'en sortir ?
B. M. : Je n'ai pas trop de craintes, le parti arrivera à se reconstruire malgré les risques de fractures. L'appareil est profondément ancré dans la société. Ce que je crains, en revanche, c'est le désaveu de la population. L'image du PS est tellement ternie qu'il aura du mal à colmater les brèches avec la population.





