Vers un match Royal-Aubry
Publié le lundi 17 novembre 2008 à 07H16
Hier s'est achevé le congrès de Reims sans que les socialistes parviennent à un programme commun.
Un duel de femme
Photo PQR
L'inutile congrès ? À l'issue de trois jours de tensions et d'embrouilles, le Parti socialiste quitte le congrès de Reims sans majorité pour le gouverner. Un échec jamais vécu au PS depuis le congrès de Rennes en 1990 et qui le plonge dans un vrai krach politique. Les négociations, qui se sont déroulées jusqu'à trois heures dans la nuit de samedi à dimanche, dans une ambiance douloureuse, ont échoué à trouver un accord sur une orientation et un nouveau leader. Mais ce scénario de l'extrême était sur toutes les lèvres depuis le début des débats rémois.
Désormais, il appartient aux militants de "sauver le parti", comme l'exprime l'un d'eux, de trancher jeudi par un nouveau vote, que d'aucuns imaginent déjà en deux tours et très serré. Les socialistes devront donc départager les trois candidats au poste de premier secrétaire: Ségolène Royal, Martine Aubry et Benoît Hamon. Et le match promet d'être rude, notamment, entre les deux femmes. "C'est tout le contraire de ce que l'on a mis en place : on avait dit d'abord les idées et ensuite le leadership", commente un partisan de Martine Aubry. Sans ligne directrice, le PS s'apprête à désigner un patron. Premier écueil sur lequel il pourrait buter, ce "chef" aura du mal à gérer sans majorité constituée. Le navire de la rue de Solférino promet de tanguer. Autre fait qui découle de cette incapacité à s'entendre sur le fond, ce parti valide une présidentialisation rampante. "Ça sera le bal des ego permanent", s'inquiète-t-on dans les gradins.
"Le parti est en miettes"
Sans surprise en raison des hostilités qu'elle suscite, Ségolène Royal, sortie en tête du vote des militants sur les motions il y a dix jours, ne sera pas parvenue à réunir une majorité autour de ses orientations. "Elle est clivante", analyse Gaëlle Lenfant, soutien de Martine Aubry dans les Bouches-du-Rhône. Mais l'ex-candidate à la présidentielle, qui a toujours cherché à jouer la base contre l'appareil, aurait-elle pris de l'avance sur ses rivaux ? "Elle va me voler mon parti", s'insurge un fan de Martine Aubry venu du Rhône. "Le parti est en miettes", déplore la Marseillaise et "delanoïste" Marie-Arlette Carlotti. "Il est malade, il va lui falloir les remèdes nécessaires", poursuit Eugène Caselli, numéro un de la fédération des Bouches-du-Rhône. Le constat est unanime: l'image de Reims aura terni ce parti. "Jeudi, le jour du scrutin, ça va être trèstendu dans les sections", promet la député de Marseille, Sylvie Andrieux. "Ça va être dur d'expliquer à nos militants confrontés aux angoisses de la vie quotidienne, que nous, notre seule angoisse, c'est de se trouver un premier secrétaire", poursuit Samia Ghali, maire des quartiers Nord de la cité phocéenne.
À la tribune hier matin lors de cette ultime journée de confrontation, la tension était palpable. Les traits tirés, Bertrand Delanoë aura joué un jeu troublant durant ce congrès, tantôt en retrait puis à l'offensive, cherchant avant tout à organiser une coalition autour de lui puis jetant le gant pour finalement ne pas entrer dans la course à Solférino, sans donner de consigne de vote. Pressée par ses supporters, Martine Aubry s'est lancée officiellement, en fin de matinée, dans la bataille, sa 36e heure en quelque sorte, pour celle qui incarne les 35 heures. Et s'est empressée de lancer un appel au maire de Paris et à l'eurodéputé Benoît Hamon, ainsi qu'à leurs troupes, les exhortant à défendre son projet. Un message avant tout dédié au représentant de l'aile gauche qui, en cas de deuxième tour, pourrait se rallier à la bannière lilloise.
"J'ai tué l'araignée", lui a répondu Benoît Hamon. Un clin d'oeil à l'insecte qui courait sur le pupitre et devant lequel la maire de Lille s'était interrogée : "Je ne sais pas si c'est un signe de malheur ou de bonheur"...
"Un autre PS"
La campagne interne a bien redémarré tambour battant dans l'arène de Reims. Dans ce style inimitable, d'une candeur mystique déroutante et qui hérisse ses détracteurs, suscitant moins de huées que la veille, Ségolène Royal a elle aussi immédiatement tendu la main aux armées "delanoïste" et "hollandaise" sur lesquelles table son camp pour l'emporter. "Un certain nombre de gens de chez Delanoë vont se porter sur elle", pronostique Jean-Louis Bianco, le président des Alpes-de-Haute-Provence, proche de Royal. Peu de temps après, lors d'une conférence de presse sauvage, la présidente de Poitou-Charentes, entourée de Manuel Valls, Vincent Peillon, pressenti pour être son bras droit en cas de victoire, et de Jean-Louis Bianco, devait réitérer sa volonté "de faire un autre PS" avec "une nouvelle équipe". Hier, si à l'applaudimètre les trois candidats ont fait match nul, il n'en sera pas de même dans trois jours. Gagnant le 6 novembre, le camp Royal paraît confiant. Et si finalement, c'est à lui (et à elle) que profitait la crise ? Inutile, vraiment, le congrès de Reims ?






