Contre le cancer du col utérin l'autoprélèvement à l'essai

Publié le dimanche 9 novembre 2008 à 10H35

Une campagne inédite incite 2000 Marseillaises défavorisées à se faire dépister

Mille femmes meurent chaque année en France d'un cancer du col utérin. "Même si le dépistage a permis de diminuer de moitié le nombre de cas en 30 ans, une fois sur deux, hélas, on n'en guérit pas."Inacceptable, pour le professeur Lucien Piana.

Gynécologue et oncologue, président de l'Arcades, association marseillaise pionnière en France dans le dépistage des cancers du sein et colo-rectaux, il rappelle que "le cancer du col de l'utérus est pourtant le seul que l'on pourrait quasiment faire disparaître"si toutes les femmes âgées de 25 à 69 ans faisaient un frottis tous les trois ans. Or, en France, elles sont encore 40% à ne jamais ou pas assez régulièrement se faire dépister par cet examen simple et indolore. Aussi, bien souvent, lorsqu'elles consultent enfin, la maladie est trop avancée.

"Il y a moins de cancers, mais ceux qui restent sont les pires", ontconstaté les médecins. C'est tout particulièrement vrai chez les femmes de milieux socioculturels défavorisés ainsi que chez les migrantes qui, hors grossesse, ne consultent pas en raison de "freins culturels, religieux, économiques". Contre cette "véritable injustice sociale", Arcades a déjà mené plusieurs campagnes expérimentales depuis 2001, auprès de milliers de Marseillaises de quartiers populaires n'ayant pas consulté dans les deux ans. Simple invitation à effectuer un frottis gratuit, "les résultats ont toujours été très modestes", regrette le Pr Piana.

À peine 6,87% des 16638 femmes de la campagne 2005 ont ainsi fini par se faire dépister. Aussi, depuis le début de l'année, convaincus que la pudeur reste un obstacle important, les médecins marseillais ont innové : à 2000 femmes qui n'avaient pas répondu à la dernière étude, Arcades a envoyé une invitation à retirer, dans un laboratoire d'analyses, un kit d'autoprélèvement. En quelques minutes, la femme prélève elle-même quelques cellules sur un bâtonnet, qu'elle remet alors au laboratoire dans un flacon pour recherche de papillomavirus.

D'usage simple, cette méthode a déjà donné des résultats encourageants aux Pays-Bas; en Norvège, l'augmentation du nombre de dépistages a permis "une baisse de l'incidence du cancer du col de 24%". Financée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône et l'Institut national du cancer, cette campagne inédite en France ne donnera ses premiers résultats que fin 2009. "Nous ne savons pas si elle réussira, remarque le Pr Piana, mais nous ne pouvons pas abandonner les femmes." Si l'étude s'avérait concluante, elle pourrait peut-être, avec l'aide de l'État, être étendue.

Par Delphine Tanguy ( dtanguy@laprovence-presse.fr ) imprimer recommander Facebook Digg!

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