Le cabanon, un art de vivre dont les jours sont comptés
Publié le dimanche 7 septembre 2008 à 10H16
Un recensement des habitations est en cours alors que les démolitions et manifestations se multiplient
Le cabanon est hors-la-loi: il occupe illégalement sans droit ni titre le domaine public maritime. Cette tradition que l'on retrouve même côté Atlantique existe pourtant depuis un siècle.
Photo Valérie Farin
- En savoir plus
- Article : Cabanons : des élus montent au créneau
En plein recensement des "occupations sans droit ni titre sur le domaine public maritime", comme le précise la Préfecture des Bouches-du-Rhône, pas facile d'obtenir un chiffre clair de tous les cabanons de notre littoral. Pourtant, ils sont légion. Et les messages d'alarme de leurs défenseurs, particuliers ou élus, résonnent à nos oreilles en cette fin d'été. Preuve que cet art de vivre interpelle. La dernière image en date, c'est bien celle de Michel Vauzelle, président de la Région, un mégaphone à la main face à 200 personnes réunies, il y a une semaine, à l'étang du Napoléon, à Port-Saint-Louis. Il y a aussi la Verreri, plage intime et mythique de Marseille, où des cabanons ont été démolis en août par leurs propriétaires.
De vieux souvenirs de Beauduc surgissement, forcément: le glas a sonné il y a déjà quatre ans pour ces cabanes balayées par les tractopelles. Les services de l'État restent donc muets sur le nombre exact de cabanons, même si une estimation est possible (notre infographieci-dessous). Motif: une "réunion est prévue d'ici peu". Et de Cassis à Port- Saint-Louis, les propriétaires de cabanons sentent le vent venir. Car l'essentiel est là: la loi dit non. Les cabanonniers sont censés recevoir une contravention de grande voirie pour occupation illégale du domaine public maritime (DPM). À Beauduc, devenu village fantôme, il reste une cinquantaine de cabanons sur pieds et une quinzaine de procédures en cours. Des difficultés sont en effet rencontrées pour identifier les propriétaires… Le tribunal donne 3 mois pour remettre les lieux en l'état avant l'arrivée des tractopelles, "à la charge des propriétaires".
Le cabanon a donc la vie dure. Et cultive les paradoxes. Il est interdit et pourtant taxé par l'État. Il est banni mais furieusement à la mode et se loue ou s'achète à prix d'or. Le problème c'est que les statuts pullulent autant que les scenarii, concessions, baux amphythéotiques, comme aux Goudes… Et certains sont plus chanceux. Comme ceux situés sur le terrain des Salins du Midi, alors que leurs voisins ont été délogés pour cause de délimitation du DPM. Les cabanons marseillais de la SCI Marie de Sormiou, dans la calanque éponyme, ont aussi bien plus de chance de rester en l'état que ceux de Port-Saint-Louis, qui ont vu en juin leur redevance domaniale multipliée par 7 sans grande explication. Jean-Marc Charrier, maire de Port-Saint-Louis, et Bernard Granié, président d'Ouest Provence, ont rencontré le trésorier-payeur général qui a accordé une suspension des recouvrements en attendant. Un sursis encore.
Certains élus comme le maire de Port-Saint-Louis, tentent aussi de trouver des solutions, en l'occurrence de transférer ces zones dans la commune. Sur le territoire du Port autonome de Marseille (Pam), la situation s'avère tout aussi complexe."Du côté de Port-de-Bouc, on a recensé une centaine de cabanons et 234 à Port-Saint-Louis. Ils ne sont pas tous dans la même situation", explique Guy Janin, directeur du Pam, sur le départ. Il y ena 54 aux Trois Theys dont l'autorisation a expiré en 2005. On ne peut plus les renouveler car ils sont sur une zone d'espace remarquable et en plus inondable. J'avais écrit à chacun des propriétaires début 2006 pour demander d'évacuer les lieux. Ils ne l'ont pas fait. Nous allons entamer des procédures car nous n'avons pas d'autres solutions que de leur demander de partir.C'est le domaine public et il y a des règles. Les autres disposent d'autorisation d'occupation du territoire en cours depuis 1994.On imagine des solutions pour régulariser car il n'y a pas les mêmes contraintes d'environnement."
Pour Jacques Simonnet, sous-préfet d'Arles, "la règle fondamentale du domaine public maritime, même pour les propriétaires privés, c'est l'interdiction de transformation des cabanons et d'y vivre." Michel Vauzelle a posé le mégaphone et pris sa plume pour demander une audience à Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie: "La solution juridique, on va la trouver. Il faut prendre en compte cette tradition et sécuriser les cabanons".
------------------------------------------------------------------------------------------------
L'AVIS DE L'AVOCAT
Tout porte à croire que les défenseurs de cabanons sont dans un cul-de-sac. "On n'est jamais dans l'impasse juridique! Mais il faut trouver le texte car, pour l'instant, ces cabanons sont dans l'illégalité", note l'avocate Geneviève Rebufat, du barreau de Marseille. Elle rappelle par exemple l'article 146-6 du code de l'urbanisme, qui prévoit la protection de sites "remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel ou culturel du littoral".
"Cela pourrait être l'inspiration pour un texte pour le maintien des cabanons. Pourquoi ne pas régulariser l'existant, trouver un classement? La loi littoral de janvier 1986 a quand même oublié finalement ce qui était fait sur le littoral… avant. Peut-être pourrait-on imaginer de modifier le tracé du DPM pour que la commune récupère la gestion de ces parties du littoral où sont installés les cabanons?".










