La folle journée du "Napoléon-Bonaparte"
Publié le mercredi 23 juillet 2008 à 07H16
Une entaille de plus 10 mètres dans la coque a paralysé le ferry jusque tard dans la nuit. Récit et explications.
Pansements de poids pour bateau blessé: des "doublantes" en acier, de 10mm, sont soudées sur la coque du "Bonaparte", que l'on croirait ouverte avec un ouvre-boîtes. La déchirure longue de près de 10mètres sera réparée en fin de saison.
Photo Patrice Magnien
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Ce sont de véritables heures de folie que les 850 passagers du cruise-ferry Napoléon-Bonaparte de la SNCM en partance pour Ajaccio, auront vécues entre leur embarquement à bord du navire, lundi soir à Marseille, et son départ en cours de nuit dernière pour... Propriano, en Corse du Sud.
Une très longue attente pour ces voyageurs immobilisés sur la route des vacances, mais aussi pour la compagnie qui a dû gérer les 26 heures d'indisponibilité de son navire amiral, au plus fort de la saison.
L'accident
En fonction des informations recueillies auprès des professionnels de la mer et du récit des témoins oculaires, nous avons pu établir que la remorque avec laquelle un remorqueur du port tractait le Bonaparte lors de son entrée dans les bassins de La Joliette, lundi soir, a brusquement cédé alors que le navire s'apprêtait à accoster au quai du Maroc ; l'assistance d'un remorqueur ayant été rendue nécessaire par le vent soufflant à près de 30 noeuds.
Cette casse du "fouet" (la queue de remorque en nylon, prévue pour résister à une traction de 120 tonnes), est intervenue au moment le plus défavorable, quand le navire se trouve le moins manoeuvrable et au plus près d'obstacles. Prenant la bonne décision, le commandant Sabatier a ordonné de mouiller les ancres, seul moyen de ralentir, voire de stopper, le bateau en un temps record. Ce qui a sans doute évité qu'il ne percute violemment le quai ou un autre navire et ne mette en péril ses passagers.
Mais cette manoeuvre d'urgence n'a pu empêcher que la chaîne d'ancre ne cause une déchirure de près de 10 mètres de long dans la partie émergée de la coque, sur l'avant tribord (droite). Une déchirure tellement profonde qu'il était possible d'apercevoir les voitures des voyageurs stationnées au pont garage ! Dans sa course, le navire a aussi percuté une passerelle du port installée au poste 78, la rendant inutilisable.
La réparation
Contactée en urgence par la SNCM, la société Serbim Industries a mis toutes ses équipes sur le coup pour réaliser une réparation provisoire en un temps record.
Une vingtaine d'ouvriers travaillant sans relâche du lundi 20h au mercredi 2h, ont mis en place et soudé des "doublantes" (plaques en acier de 10mm d'épaisseur, longues de 12m et larges de 3). Énorme et solide "rustine" qui restera en place jusqu'en septembre, date à laquelle la coque du Bonaparte sera réparée. Une réparation contrôlée au fur et à mesure de son avancement par le Bureau Véritas, notamment sur le plan de l'étanchéité et de l'équilibre du navire.
Les passagers
Les 850 passagers en partance pour Ajaccio qui auraient dû embarquer lundi soir, ont été hébergés à bord du Bonaparte transformé en bateau-hôtel ; une couchette étant proposée par la SNCM à tous les voyageurs, de même que l'accès gratuit aux animations du bord, tandis que l'ensemble des repas étaient offerts.
L'Enquête
Compte tenu des dommages subis par le navire et les installations portuaires, une enquête a été ouverte afin de déterminer les responsabilités. La partie de la remorque qui a cédé sera notamment expertisée.
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L'ANALYSE Le commandant et son pilote, un couple indissociable
Navires très manoeuvrables disposant d'un rapport poids/puissance extrêmement favorable, les car-ferries modernes n'ont besoin de personne pour entrer ou sortir d'un port, ni pour accoster en effectuant de véritables "créneaux" entre les bateaux déjà à quai.
Mais lorsque le vent s'en mêle ou quand les performances du bateau sont dégradées par un problème de machine ou de barre, le commandant peut décider de demander l'assistance d'un ou plusieurs remorqueurs. Un seul suffit d'ailleurs généralement.
Pourtant, le principal allié du commandant reste le pilote de port qui joue le rôle de conseiller durant toute la manoeuvre, à l'arrivée comme au départ du navire. Un couple indissociable dont l'expérience commune (le pilote est lui-même un ancien capitaine au long cours) a souvent permis de sortir des navires d'un très mauvais pas.
Ce fut probablement encore le cas lundi soir où le bon réflexe au bon moment a sans doute permis d'éviter le pire lors de l'arrivée mouvementée du Bonaparte dans les bassins de la Joliette, notamment une collision possible avec le ferry Île de Beauté stationné à proximité. À noter encore que si le pilote n'est jamais tenu responsable civilement de ses actes, il peut l'être sur le plan pénal.
LES REACTIONS
En partance pour l'Île de Beauté où ils se rendent régulièrement, Jacques et Simone assistaient tranquillement depuis le quai à l'arrivée du Napoléon Bonaparte dans les bassins de la Joliette ; un navire dont ils connaissent bien la silhouette mais aussi la manoeuvre d'accostage. "Nous l'avons vu arriver à une vitesse beaucoup plus élevée que d'habitude. On a entendu un grand bruit quand il a lâché son ancre. Le bateau s'est arrêté net et a plongé vers l'avant tandis que l'arrière remontait très haut avant de retomber tout aussi brutalement. Ca a généré une énorme vague qui a frappé le ferry Île de Beauté qui était amarré juste derrière lui".
Un autre couple présent au même moment sur le quai du Maroc, confirme cette version impressionnante de l'événement : "Quand on a vu débouler le Bonaparte à cette allure, on a tout de suite compris qu'il se passait quelque chose d'anormal. Le commandant a eu une action déterminante en mouillant son ancre. C'était le seul moyen de stopper le bateau. Mais lorsque l'ancre a enfin réussi à accrocher le fond, c'est sa chaîne tendue à l'extrême qui a ripé contre la coque et causé ces énormes dégâts".
Simone qui prend cette aventure avec humour et philosophie. "Nous ne sommes pas pressés. Il vaut mieux qu'ils prennent leur temps et qu'ils réparent le bateau comme il faut. En attendant, nous sommes allés faire un tour en ville, histoire de vérifier que le Vieux-Port n'a pas changé de place…"










